k.oz - ns mix 19.07.07

ytterbium 70 2007

extrait

Ça fait plus d'une heure que j'ai revêtu mon casque et que j'essaye de me connecter au serveur holographique Axesscode. Enfin un slot disponible. Y avait foule pour le live de Merzbow. Mais j'ai comme l'impression que ça va se décanter dans pas longtemps.

La plupart des avatars des habitués sont là, flottant au-dessus des IRL. Je descend à leur niveau pour saluer les parisiens qui se sont déplacés au Palais de Tokyo.

"- Salut Kyronn, c'était bien Merzbow ?
- M'en parle pas. Dégoûtée, j'viens d'arriver. Le métro qui est encore tombé en panne. Bloqué entre deux stations.
- Merde ... Paraît qu'ils ont plus assez d'usagers pour garantir la maintenance.
- [énervée] Je sais bien, mais c'est un service public quand même. Et puis ils vont te dire d'utiliser les TeleGates. Au prix que coûte la téléportation, c'est sûr, ils se gavent."

K.oz fait son entrée en armure de Kendo. Le noise ambiant se déploie insidieusement dans le Palais tels les charmes du Dr.Strange. Le vrombissement lancinant chatoie les neurones et le niveau sonore permet encore d'échanger ses sentiments :

"Remain : Sa mise en scène illustre parfaitement l'ambivalence d'un pays tel le Japon. Une culture ancestrale, constamment inscrite dans la vie quotidienne, côtoie une société robotisée à l'extrême, déshumanisée, où l'homme n'a plus sa place ne serait-ce qu'en tant qu'outil de production. Il s'adonne alors de fait à tous les excès. A toutes les déviances. Plus la machine sert l'homme et plus l'homme est asservi à la machine ...
Dogme : C'est bon, lâche-moi, j'écoute."

ou encore :
"Mina [à Nany] : J'ai l'impression d'écouter dans un coquillage. C'est apaisant tu trouves pas ?
Nany : ? "

Au bout de vingt minutes, ce que je pressentais arriva. Le bruit annihile petit à petit toute tentative de discussion. Pauvre Mekka qui avait une touche. Toujours dans des plans pas possible celui-là. Draguer une tangible alors qu'il est en holo, j'te jure ... Il est bon pour raquer le télétransport.
L'espace commence à saturer d'un ronronnement de turbine, comme si une navette stratosphérique décollait en plein milieu de cette salle. Certains IRL se bouchent déjà les oreilles.
"Panda disconnected" puis-je lire dans un coin de mon HUD périphérique. Je m'amuse des déconnections qui commencent à s'afficher. Cependant, la plupart des connectés se contentent de régler le volume de leur casque.

"Nany [à Mina]: Celui-là de coquillage ..."

ou encore : "Remain : L'assourdissement, c'est l'incompréhension d'un monde que l'homme ne maîtrise plus et [...]"
"Remain kicked by admin"

La tension est à son comble à présent. Ceux qui sont restés, IRL ou holo, sont ceux qui s'étaient préparés à vivre une expérience extrême. Une épreuve autant émotionnelle que physique. Le bruit nous harcèle constamment afin de ne jamais pouvoir s'y acclimater.

"Nany [hurlant] : Y a un putain de Bernard-Lhermitte dans ton bigorno !"

Les machines peuvent-elles faire preuve d'autant de sauvagerie ? Les hologrammes scintillent. Des interférences dues à une saturation en énergie électromagnétique. Tous les connectés des Fluos ont d'ailleurs disparu. Leur serveur n'a pas dû supporter.

La structure du bâtiment rentre en raisonnance. Je suppose que le Palais de Tokyo a été bâti aux normes anti-sismiques nippones. Du moins je l'espère pour les tangibles. Les murs commencent à onduler. D'un seul coup, toutes les vitres éclatent sous la force de la torsion. Les lames de verre traversent les hologrammes et déchiquètent les êtres fait de chair et de sang. Pris de panique, ceux qui le peuvent encore tentent de fuir, piétinant des corps coupés en deux. D'autres récupèrent leurs membres. C'est la guerre aux portes des TeleGates. Un éclat s'est planté au travers de la grille du casque de K.oz. Le sang suinte le long du plastron tandis qu'il s'évertue à nourrir la machine.

Le plafond, le plancher, les murs se fissurent, semant la terreur des écorchés. Leurs bouches grandes ouvertes et leurs yeux horrifiés. Le bâtiment rompt. Les hurlements sont muets dans le vacarme. Ils restent figés, comme momifiés face à la déferlante vésuvienne qui s'abat sur eux. Je vois le plafond me traverser et engloutir ceux qui n'ont pas eu le temps de se téléporter.

Un gigantesque nuage de poussière ocre retombe sur un amas de gravats. J'aperçois une mèche rouge maculée de plâtre surnageant au-dessus de cette dalle mortifère. Vision apocalyptique d'un final grandiose.

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