propergol - ground proximity warning system

discogs | annihilvs / stridulum 2006

“Mesdames et Messieurs, bienvenue à bord. Nous vous prions d'accorder quelques instants d'attention aux démonstrations de sécurité.”
Bla bla bla. Tout le monde s'en fout. J'ai l'air maligne avec ce gilet de sauvetage autour du coup, à tirer sur les ficelles. J'te jure.
“Pour attacher votre ceinture, introduisez l'embout métallique dans la boucle, puis, ajustez la sangle. Pour la détacher, relevez le cliquet de la boucle.”
Moi qui voulais voyager, j'me coltine que des vols intérieurs. Super !
“Les issues de secours sont clairement indiquées par des panneaux lumineux à l'avant et à l'arrière de l'appareil. En cas d'incident, un marquage au sol vous guidera vers la sortie. Nous vous remercions de votre attention et vous souhaitons un agréable voyage.”
Vous pouvez tous crever.

ground proximity warning system

J'ai survécu au crash

Il s'agit ici bien plus d'une expérience que d'un simple album de noise indus expérimental. Ground Proximity Warning System nous fait vivre un crash aérien bien mieux que ne le pourrait le meilleur film catastrophe. L'immersion est totale. Si un film peut vous filer les jetons en vous balançant des images spectaculaires, il ne réussira jamais à vous faire passer par delà l'écran et vous mettre dans le cockpit à la place des pilotes, ou bien dans l'espace VIP, une coupe de champagne à la main, ne vous doutant de rien mais tout de même intrigué par tous ces petits bruits bizarres. Propergol y arrive et c'est flippant. Lancez l'album, et surtout ne fermez pas les yeux si vous comptez reprendre l'avion un jour.

Suspense, tension nerveuse, panique sont au menu. C'est ce qu'instille les samples des communications radio entre les pilotes et la tour de contrôle, les conversations angoissées des hôtesses. Ces voix sont finement retravaillées par des effets divers pour en accentuer l'anxiété. D'ailleurs, le voyage commence comme il se doit par les recommandations d'usage de l'hôtesse, qu'on ignore d'habitude, mais qu'on écoute très attentivement cette fois, se doutant de la suite forcément. S'ensuit la checklist de l'appareil, le décollage et ainsi de suite jusqu'à ... l'incident.

Propergol se met dans la peau d'un enquêteur étudiant les boîtes noires (certainement au service d'assurances peu scrupuleuses, à l'affût de toute erreur humaine). Les bruits du moteur ou autres s'ils ne sont pas samplés, sont reconstruits de façon hypnotique, illustrant l'aspect irréversible de la panne et l'impuissance des pilotes. Les alarmes des instruments d'altitude et de roulis sont particulièrement stressantes. Certaines plages sonores nous font penser à du Vromb mais, j'ose dire, en mieux. Car le bruitisme d'habitude trop abstrait, demandant beaucoup d'efforts à l'auditeur pour se faire ses propres images, sont ici incarnées par les dysfonctionnements de l'appareil. Si Vromb s'intéressait au discours délirant d'un savant trippé, Propergol nous amène dans un univers bien concret. Tellement concret, que l'aspect inexorable de la chute de l'engin fait craindre pour sa vie l'auditeur.

comments powered by Disqus