babylone chaos / lambwool / le diktat - shi

spotify | opn records 2008

Le label OPN nous propose de suivre Babylone Chaos, Lambwool et Le Diktat pour un périple entre mecs qui les conduira de Phnom Penh à Tokyo. Mais attention ! c'est pas le genre reportage caméra à l'épaule. C'est tourné en cinémascope et la pellicule est aussi sensible que nécessaire pour que celle des trois compères puisse s'imprégner sans baver.

Si nos voyageurs traversent les même paysages, ils ne regardent pas la même chose. Et c'est autant de contre-champs recréant le panorama. On ne sait jamais très bien qui joue l'acteur, qui est derrière la caméra et qui apporte le café. Mais on sait que c'est à tour de rôle que ça se passe. Et quand on connaît un peu ces trois pieds nickelés, et qu'on imagine leurs pérégrinations au pays des bridés, on peut tenter quelques déductions.

Babylone Chaos tel un Robert Ménard aux JO de Pékin, ne peux s'empêcher de jouer les rabat-joie en nous infligeant un devoir de mémoire dérangeant à la manière d'un Rithy Panh dans S21 dont le travail va plus loin que la simple dénonciation. Il nous prend par la tête et nous force à lécher les grilles des camps de concentration khmers rouges. Ça nous laisse comme un goût de métal rouillé dans la bouche.

La démarche du Diktat est plus perverse. Il s'accapare les codes asiatiques pour mieux les détourner et en faire le décor de séquences de violence gratuite jubilatoires. On se croirait dans Tokyo Fist de Shinya Tsukamoto. Dans une société Orwellienne où les sentiments sont enfouis tellement profondément qu'on en oublie leur existence, les uppercuts du Diktat sont le seul moyen de se sentir encore vivant.

Lambwool est le contemplatif de la bande. Il aimerait bien se poser sur le Mont Fuji. Y planter sa caméra pour un long plan fixe. Les rayons du soleil au couchant traversant les cerisiers en fleurs. Il est plus dans une démarche zen comme ces peintres japonais qui passent des mois dans la montagne. Ce n'est qu'une fois que celle-ci fait partie d'eux-même qu'ils peuvent se permettre de la peindre avec minimalisme. Mais les deux autres le harcèlent constamment pour rejoindre Tokyo, étape finale d'un périple trop court.

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